🔍 Protocole

Hyperliquid (HYPE, HLP, HIP-3)

Blockchain dédiée au trading de contrats perpétuels

Score maison 61/100MODÉRÉ

✨ Fiche détaillée rédigée avec l'aide de l'IA à partir de nos analyses de veille. Vérifie toujours par toi-même.

Hyperliquid est une plateforme d'échange de produits dérivés qui a fait un choix inhabituel : plutôt que de se construire sur une blockchain existante, elle a construit sa propre blockchain, taillée pour une seule chose — faire tourner un carnet d'ordres aussi vite qu'une plateforme centralisée, mais entièrement en public. C'est aujourd'hui, de loin, le leader du trading de perpétuels décentralisé, et l'un des rares protocoles DeFi à générer de vrais revenus.

Blockchains : Hyperliquid L1 (chaîne propre : HyperCore + HyperEVM)

📊 Chiffres en directvia DeFiLlama
6,7 Md$de TVL (valeur déposée)

kHYPE (HYPE staké via Kinetiq)

1,9 % de rendement · 1,1 Md$

Mis à jour automatiquement (env. 1×/h). Les rendements varient — ce ne sont pas des taux garantis.

Type
Blockchain L1 + plateforme de dérivés à carnet d'ordres
Lancement
Plateforme en 2023, blockchain et jeton HYPE en novembre 2024
Équipe
Jeff Yan et Iliensinc, issus du trading haute fréquence (Hudson River Trading)
Levée de fonds
Aucune — pas d'investisseur extérieur, pas d'allocation de jetons aux fonds
Validateurs
~27 (point de centralisation majeur)

Équipe & origine

Hyperliquid est né en 2023, porté par Jeff Yan et un associé connu sous le pseudonyme Iliensinc, tous deux venus du trading haute fréquence — Jeff Yan est passé par Hudson River Trading, l'une des plus grosses firmes de trading algorithmique au monde. La plateforme est conçue par des gens dont le métier était de trader sur des carnets d'ordres, pas d'écrire des smart contracts.

L'équipe n'a jamais levé un centime auprès d'investisseurs extérieurs. Pas de fonds de capital-risque au capital, donc aucune allocation de jetons à débloquer au détriment des utilisateurs — une anomalie dans un secteur où les fonds détiennent couramment 20 à 40 % de l'offre initiale.

ℹ️ L'airdrop de novembre 2024

À la place d'une levée de fonds, Hyperliquid a distribué 31 % de l'offre totale de HYPE à ses premiers utilisateurs, sans période de blocage. C'est l'un des plus gros airdrops de l'histoire de la crypto — plus de 620 M$ au cours de l'époque. Le pari : aligner les utilisateurs plutôt que des investisseurs. Il a plutôt bien fonctionné.

Comment ça marche

Les plateformes décentralisées classiques, comme Uniswap, utilisent des pools de liquidité : une formule mathématique fixe le prix en fonction des quantités déposées. C'est ingénieux, mais mal adapté aux dérivés, où les traders professionnels veulent poser et retirer des ordres à un prix précis, des centaines de fois par minute.

Carnet d'ordres La liste de tous les ordres d'achat et de vente en attente, classés par prix. C'est le fonctionnement de toutes les bourses traditionnelles et des grandes plateformes crypto centralisées. Mettre un carnet d'ordres entièrement sur une blockchain est difficile : chaque ajout ou annulation d'ordre est une transaction, et la plupart des blockchains sont trop lentes ou trop chères pour ça.

La réponse d'Hyperliquid : construire une blockchain dont c'est le seul métier. Le résultat s'organise en deux couches.

  • HyperCore — le moteur de trading. Le carnet d'ordres y vit entièrement sur la chaîne, avec une validation en moins d'une seconde et des ordres qui ne coûtent pas de frais de transaction. C'est ce qui rend l'expérience comparable à celle d'une plateforme centralisée.
  • HyperEVM — la couche pour les applications. Compatible avec Ethereum, elle permet à d'autres développeurs de construire par-dessus (prêt, staking, vaults automatisés) en lisant en direct l'état du carnet d'ordres.

⚠️ Une composabilité encore inachevée

HyperEVM peut LIRE HyperCore, mais ne peut pas encore y ÉCRIRE librement. Concrètement, une application tierce peut consulter les prix et les positions du carnet, mais ne peut pas encore passer d'ordres pour toi de façon totalement automatisée. La brique manquante est en développement — c'est aujourd'hui la principale limite de l'écosystème.

Le funding sur Hyperliquid

Sur Hyperliquid, le funding est versé toutes les heures, et le protocole n'en prélève rien : il passe intégralement d'un camp à l'autre.

Funding rate La commission périodique que verse le camp majoritaire à l'autre. En crypto, les parieurs à la hausse sont habituellement les plus nombreux : ce sont donc eux qui paient. C'est ce flux qui rend possible la stratégie delta-neutre — détenir l'actif au comptant, parier à la baisse dessus pour le même montant, et encaisser le funding sans subir le mouvement du prix.

ℹ️ Le lien avec Ethena

C'est le mécanisme détaillé dans le numéro #4. Hyperliquid n'a rien inventé de cette stratégie, elle en fournit le terrain de jeu ; Ethena l'a industrialisée et emballée dans un jeton, l'USDe (voir notre fiche Ethena).

Le HLP — devenir market maker

Le HLP est le vault communautaire d'Hyperliquid (le « coffre » du protocole) : tu y déposes des stablecoins, et le vault s'en sert pour faire le marché — poser en continu des ordres d'achat et de vente — et pour reprendre les positions des traders liquidés.

Market making Afficher en permanence un prix d'achat et un prix de vente, et gagner l'écart entre les deux — le spread. L'analogie : le bureau de change d'aéroport, qui achète l'euro un peu moins cher qu'il ne le vend, des milliers de fois par jour. Il ne parie pas sur le sens du marché ; il vit du passage.

Trois sources de gain pour le HLP :

  • Le spread — l'écart entre son prix d'achat et son prix de vente, encaissé à chaque passage.
  • La structure des frais — elle récompense celui qui pose un ordre dans le carnet plutôt que celui qui le consomme.
  • La reprise des positions liquidées, souvent à prix avantageux : les traders à fort levier perdent en moyenne, et le HLP est en face d'eux.

⚠️ Déposer dans le HLP n'est pas un placement à rendement

C'est confier son argent à un fonds de trading. Son résultat peut être négatif : si les traders sont collectivement bien positionnés, le HLP, qui est en face, perd. Sa rentabilité a d'ailleurs nettement baissé — non pas par défaillance, mais parce que les firmes professionnelles sont arrivées sur la plateforme et captent désormais l'essentiel du flux profitable. Le HLP glisse vers un rôle de filet de sécurité : absorber les liquidations, faire le marché là où c'est peu rentable. C'est bon pour la plateforme, moins pour le rendement du déposant.

Le jeton HYPE : le rachat automatique

HYPE est le jeton de la chaîne, et son modèle est l'un des plus simples du secteur : 99 % des revenus du protocole partent dans un fonds qui rachète du HYPE sur le marché et le détruit. Le rachat est quotidien et automatisé — aucune décision humaine, aucun vote nécessaire. Mi-2026, ce fonds avait accumulé plus de 45 millions de HYPE.

  • Rachat et destruction — 99 % des revenus, en continu.
  • Réduction de frais — les firmes de trading doivent staker du HYPE pour obtenir des tarifs préférentiels.
  • Carburant de la chaîne — toute opération sur HyperEVM consomme du HYPE.
  • Sécurité — les validateurs stakent du HYPE pour valider les blocs.
  • Gouvernance — les votes sont pondérés par les jetons stakés.

⚠️ La pression vendeuse à connaître

Les fondateurs et contributeurs débloquent environ 9,9 millions de HYPE par mois jusqu'en 2028. Le rachat automatique ne compense cette pression que si les revenus progressent assez vite — ce qui n'est plus le cas depuis le T3 2025 (voir ci-dessous). Signal d'alignement à mettre au crédit de l'équipe : après avoir libéré 1,2 million de jetons en janvier 2026, elle a réduit son propre déblocage du mois suivant d'environ 90 %.

HIP-3 : le succès qui coûte cher

Depuis octobre 2025, n'importe qui peut déployer son propre marché de perpétuels sur le carnet d'ordres d'Hyperliquid, et garder jusqu'à la moitié des frais qu'il génère. Il faut pour cela staker 500 000 HYPE — une somme qui se chiffre en dizaines de millions de dollars au cours actuel — autant dire que les déployeurs sont des sociétés, pas des particuliers. C'est ce qu'on appelle HIP-3.

Ces marchés déployés par des tiers pesaient environ 2 % du volume de la plateforme début 2026 ; ils en représentent aujourd'hui à peu près la moitié. Et surtout, ils ont fait sortir Hyperliquid du périmètre crypto : on y trade désormais le pétrole, l'or, l'argent, le S&P 500, le Nasdaq et des actions individuelles. Un déployeur a même obtenu une licence officielle de S&P Dow Jones pour son marché sur le S&P 500.

L'illustration la plus parlante date de février 2026. Un choc géopolitique éclate un week-end, bourses de matières premières fermées. Les traders qui voulaient se positionner sur le pétrole n'avaient nulle part où aller… sauf sur les perpétuels pétrole d'Hyperliquid, ouverts en permanence. Plus d'1,2 Md$ de volume en une journée, et une couverture dans le Wall Street Journal.

Deux effets se cumulent. Le déployeur garde la moitié des frais ; et il peut activer un « growth mode » qui abaisse les frais de plus de 90 % pour attirer les traders sur son marché. Sur 1 Md$ de volume, ce que le protocole encaisse devient :

  • Marché natif — 450 000 $ (0,045 % de frais, gardés en entier).
  • Marché HIP-3 classique — 225 000 $ (mêmes frais, mais la moitié va au déployeur).
  • Marché HIP-3 en growth mode — 22 500 $ (0,0045 % de frais, dont la moitié) : vingt fois moins qu'un marché natif.

C'est là que le volume a migré. Le résultat se lit dans les comptes du protocole :

T3 2025T2 2026Écart
Revenu brut du protocole~357 M$~202 M$−155 M$ (−43 %)
Dont rachat de HYPE~290 M$~149 M$−141 M$ (−51 %)

Le tout pendant que l'activité battait des records : ~13 Md$ de positions ouvertes le 23 août 2026, environ 63 % de tout le marché des perpétuels décentralisés.

La plateforme en a conscience : Jeff Yan a proposé de tripler les frais HIP-3. La mesure divise — certains analystes y voient un signal haussier pour le jeton, d'autres estiment que les frais bas sont précisément l'arme d'Hyperliquid face à Binance et aux courtiers traditionnels. À ce stade, elle n'a aucun calendrier.

💡 Notre lecture

Hyperliquid le produit et HYPE l'investissement ne racontent pas la même histoire en ce moment, et méritent d'être jugés séparément. Céder la moitié des frais n'est pas forcément une erreur : la plateforme n'aurait jamais listé elle-même des perpétuels sur le pétrole ou le S&P 500, et ces revenus-là ne dépendent pas du cycle crypto. Le problème est le décalage — la perte de marge est immédiate, le bénéfice est futur et hypothétique, et les déblocages de jetons, eux, continuent chaque mois.

Les risques

1. La centralisation (le risque principal)

Environ 27 validateurs sécurisent la chaîne, contre des centaines de milliers sur Ethereum. Et ce petit groupe ne fait pas que valider les blocs : ce sont eux qui publient les prix utilisés pour te liquider.

Là où la plupart des plateformes s'appuient sur un oracle externe comme Chainlink, Hyperliquid fait soumettre le prix par ses propres validateurs et en prend la médiane. Zéro latence, aucune dépendance à un tiers — mais juge et partie.

⚠️ L'incident JELLY (mars 2025) — le cas d'école

Un attaquant manipule le cours d'un memecoin, JELLY. Le vault HLP se retrouve avec une position toxique et environ 13,5 M$ de pertes latentes. En quelques minutes, les validateurs se réunissent, votent le retrait du marché et fixent eux-mêmes un prix de règlement antérieur à la manipulation. Les utilisateurs sont indemnisés et le HLP termine la journée en bénéfice. Deux lectures coexistent, et elles sont toutes les deux justes : la réaction a été rapide et entièrement publique, mais elle prouve aussi qu'un petit groupe peut changer les règles d'un marché en temps réel. Plus transparent qu'une plateforme centralisée, loin de la neutralité d'Ethereum.

2. Le bad debt

N'importe qui peut déposer une garantie et prendre du levier, sans vérification d'identité ni recours juridique possible. Sur les marchés peu liquides — ceux déployés via HIP-3, notamment — il arrive que le prix saute d'un coup au-delà du seuil de liquidation d'un gros trader, sans qu'aucun ordre ne s'exécute entre les deux : la position est fermée trop tard, et la perte que personne ne couvre reste à la charge du protocole. C'est ce qu'on appelle du bad debt. À mettre au crédit de la plateforme : elle a traversé la cascade de liquidations du 10 octobre 2025, la plus grosse de l'histoire de la crypto, en restant solvable.

3. La concurrence

Côté décentralisé, Aster et Lighter attaquent avec des airdrops agressifs — mais leurs parts de marché s'effondrent une fois l'airdrop passé. La vraie menace est ailleurs : Binance reste de loin le premier acteur mondial des dérivés, et des plateformes régulées américaines commencent à proposer de vrais perpétuels, alors même que l'accès direct à Hyperliquid reste fermé aux résidents américains.

4. Le cadre réglementaire

Le statut juridique des contrats perpétuels n'est pas stabilisé, y compris aux États-Unis, où le CME a engagé une action contre le régulateur des dérivés à ce sujet. Une action à l'encontre du protocole, de ses développeurs ou de ses validateurs pèserait lourdement sur HYPE.

💡 Pourquoi « modéré »

La plateforme fonctionne, elle a encaissé sans casser des chocs qui en auraient tué d'autres, l'équipe est compétente et son jeton est adossé à de vrais revenus — c'est rare. Ce qui l'empêche de descendre plus bas : 27 validateurs qui sont à la fois juges et oracles, un cadre réglementaire non stabilisé, et une trajectoire de revenus baissière depuis le T3 2025 malgré des volumes record. Le risque de trader dessus n'est pas le même que celui de détenir HYPE — ce sont deux décisions distinctes.

Pourquoi ça compte

Hyperliquid a tranché une question qui bloquait la DeFi depuis des années : peut-on offrir l'expérience d'une plateforme centralisée — rapide, liquide, avec un vrai carnet d'ordres — sans demander aux utilisateurs de confier leurs fonds à une entreprise ? La réponse est oui, au prix d'une chaîne beaucoup plus centralisée qu'Ethereum.

Avec les marchés déployés par des tiers, elle devient en plus une infrastructure sur laquelle on peut lister n'importe quel actif — pétrole, actions, indices — sans autorisation préalable. C'est ce qui la rend intéressante à suivre même si tu ne trades pas.

À retenir

  • Hyperliquid est une blockchain construite pour une seule chose : faire tourner un carnet d'ordres aussi vite qu'une plateforme centralisée.
  • Aucun investisseur extérieur, aucune allocation de jetons aux fonds : 31 % de l'offre totale a été distribuée aux utilisateurs.
  • Déposer dans le HLP, c'est entrer dans un fonds de trading — le résultat peut être négatif, ce n'est pas un rendement.
  • HIP-3 a fait exploser les volumes ET baisser les revenus du protocole (−43 % depuis le pic) : les déployeurs gardent la moitié des frais.
  • Le vrai point faible n'est pas technique mais politique : 27 validateurs qui fournissent aussi les prix qui te liquident.

💡 Verdict

Score maison 61/100 — MODÉRÉ. C'est l'un des rares protocoles DeFi à faire un vrai chiffre d'affaires avec de vrais clients, sans subventionner son activité par de l'émission de jetons — et le seul à avoir vraiment battu les plateformes centralisées sur leur propre terrain. Deux réserves solides : la chaîne est beaucoup plus centralisée qu'elle n'en a l'air, et la thèse d'investissement sur HYPE s'est nettement compliquée en 2026, les revenus du protocole reculant pendant que les volumes montent. Le produit et le jeton méritent d'être jugés séparément. Ce contenu n'est pas un conseil en investissement.

Sources

Décrypté dans le numéro n°4.